L'imagerie 3D pour étudier sans toucher
Loin de l’image poussiéreuse associée aux institutions d’histoire naturelle, l’EPF de Zürich a utilisé des technologies de pointe afin de scanner les spécimens ayant servi à la description de nouvelles espèces. Ce travail impressionnant vise à améliorer le partage des collections, tout en favorisant leur protection.

Les technologies d’imagerie jouent un rôle essentiel dans la numérisation des collections d’histoire naturelle. Si l’examen d’un spécimen reste irremplaçable, l’imagerie 3D présente des atouts majeurs. Elle consiste à scanner un spécimen afin de générer un modèle numérique qui peut être pivoté et agrandi sous n’importe quel angle, permettant une observation détaillée des caractéristiques morphologiques du spécimen. De plus, un modèle 3D garantit des mesures précises des surfaces et des volumes. Surtout, il peut être facilement partagé à l'échelle mondiale et étudié à distance, sans nécessiter la manipulation physique du spécimen ou son transport, évitant ainsi des risques de dégradation importants.
Le scan des spécimens-types
Cette technologie est donc essentiellement réservée aux spécimens les plus précieux, notamment ceux ayant servi à nommer et à décrire de nouvelles espèces, appelés spécimens-types. Le projet SwissCollNet de la collection entomologique de l’EPFZ, en collaboration avec d’autres institutions suisses, a permis de numériser plus de 2’400 spécimens-types d’insectes. C’est un effort monumental étant donné leur diversité, de moins d’un millimètre à plusieurs centimètres, avec des propriétés réfléchissantes (textures et couleurs) variées, nécessitant une adaptation minutieuse des scans. Le projet a aussi permis le développement de bonnes pratiques en matière de numérisation 3D en masse et de post-traitement des modèles.
Des nouvelles collaborations
La numérisation des spécimens se poursuit et mène à de nouvelles collaborations. Parmi les ajouts les plus récents figure un spécimen unique : sans doute la première « espèce synthétique » au monde, créée à l’aide du génie génétique par Eduardo Moreno à l’Université de Berne en 2012. Appelée Drosophila synthetica, il s’agit du premier organisme transgénique incapable de s'hybrider avec la population sauvage d'origine (Drosophila melanogaster), tout en restant fertile lorsqu'il est croisé avec d'autres animaux transgéniques semblables. Le modèle 3D du spécimen est disponible ici. Le spécimen scanné est conservé dans la collection du Musée d’histoire post-naturelle, un musée en cours de création en Suisse romande, dédié aux organismes intentionnellement modifiés par l’humain.
Bien que la technologie 3D reste encore un outil en pleine évolution, son intégration dans la numérisation des collections d’histoire naturelle marque un tournant important. De plus en plus de spécimens peuvent désormais être examinés par les scientifiques du monde entier, sans jamais quitter la sécurité de leurs collections. En définitive, SwissCollNet a permis de mieux protéger et de rendre accessible ce patrimoine scientifique unique.
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SwissCollNet
Le Réseau suisse des collections d'histoire naturelle (SwissCollNet) de l'Académie suisse des sciences naturelles s'engage pour une meilleure mise en valeur des collections d'histoire naturelle en Suisse. Soutenu par la Confédération, SwissCollNet crée, en collaboration avec des musées, des hautes écoles et des jardins botaniques, les bases de la numérisation ainsi que de la gestion et de l'utilisation à long terme des collections.
Contacts
Dr. Michael Greeff
ETH Zürich
Entomological Collection
E 26.1
Building WEV
Weinbergstr. 56/58
8092 ZürichMusée d'histoire post-naturelle



